Le Staffordshire Bull Terrier bleu et l'Alopécie.
LE STAFFORDSHIRE BULL TERRIER BLEU ET L’ALOPÉCIE DES ROBES DILUÉES
Le Staffordshire Bull Terrier bleu séduit de nombreuses familles par sa robe gris-bleuté si particulière. Mais cette couleur soulève également beaucoup de questions, notamment concernant une affection dermatologique appelée alopécie des robes diluées (ARD), également connue sous l’appellation anglaise Color Dilution Alopecia (CDA).
À l’Élevage de la Confiance Canine AJS®, nous avons fait le choix de parler ouvertement de cette affection.
Notre objectif n’est ni de faire peur aux futurs adoptants, ni de prétendre que le risque n’existe pas. Nous souhaitons simplement apporter des informations aussi claires et objectives que possible afin que chacun puisse comprendre ce que signifie réellement avoir un Staffordshire Bull Terrier bleu.
Pourquoi certains Staffies sont-ils bleus ?
Avant de parler d’alopécie, il faut comprendre d’où vient cette magnifique couleur.
Chez le chien, la couleur du pelage dépend de plusieurs gènes. Parmi eux se trouve le locus D, impliqué dans la dilution des pigments.
On distingue notamment :
D : pigmentation non diluée
d : pigmentation diluée
La dilution est un caractère récessif. Un chien doit donc posséder deux copies permettant l’expression de la dilution (d/d) pour présenter une robe diluée.
Chez un chien dont le pigment de base est noir, cette dilution donne l’aspect gris-bleuté communément appelé « bleu ».
Un chien non bleu peut néanmoins être porteur d’un variant de dilution sans l’exprimer.
Par exemple, dans le modèle simplifié D/d :
D/D × d/d → 100 % D/d
Les chiots ne sont pas dilués mais sont porteurs.
D/d × d/d → environ 50 % D/d et 50 % d/d
Une partie des chiots peut donc être bleue.
d/d × d/d → 100 % d/d
Tous les chiots hériteront d’un génotype permettant l’expression de la dilution.
Ces exemples concernent uniquement la transmission de la dilution de la couleur. Ils ne permettent pas de prédire l’apparition d’une alopécie.
Et cette distinction est essentielle.
Qu’est-ce que l’alopécie des robes diluées ?
L’alopécie des robes diluées est une affection dermatologique caractérisée notamment par une anomalie du follicule pileux et de la répartition des pigments dans le poil.
Elle concerne les zones présentant une pigmentation diluée.
Les poils peuvent progressivement devenir plus secs, cassants ou clairsemés, puis une perte de poils plus ou moins importante peut apparaître.
La maladie peut rester relativement limitée chez certains chiens et être beaucoup plus étendue chez d’autres.
L’ARD est connue dans de nombreuses races canines présentant des robes diluées. Elle n’est donc pas spécifique au Staffordshire Bull Terrier.
Un Staffie bleu développera-t-il forcément une alopécie ?
Non.
C’est probablement le point le plus important à retenir.
Un Staffordshire Bull Terrier bleu est génétiquement dilué, mais être bleu ne signifie pas automatiquement être atteint d’alopécie des robes diluées.
De nombreux Staffordshire Bull Terriers bleus conservent un pelage parfaitement normal tout au long de leur vie.
Inversement, puisqu’il n’existe actuellement pas de test génétique permettant de prédire avec certitude quels chiens dilués développeront une ARD, aucun éleveur sérieux ne peut garantir qu’un chiot bleu n’en développera jamais.
Le génotype responsable de la dilution et le développement clinique d’une ARD ne doivent donc pas être confondus.
Que savons-nous chez le Staffordshire Bull Terrier ?
La Société Centrale Canine a publié en 2020 une enquête consacrée à l’alopécie des robes diluées chez le Staffordshire Bull Terrier.
Parmi les 374 questionnaires exploitables recueillis dans cette enquête, des cas d’ARD ont effectivement été rapportés chez des Staffordshire Bull Terriers bleus.
Parmi les chiens bleus ou bleu et blanc de l’échantillon, 8 chiens sur 95 avaient reçu un diagnostic d’ARD.
Ce résultat ne signifie cependant pas que « 8 % de tous les Staffies bleus développeront une ARD ».
L’échantillon et la méthodologie de cette enquête ne permettent pas d’établir avec précision la prévalence réelle de la maladie dans l’ensemble de la population française de Staffordshire Bull Terriers.
L’enquête apporte néanmoins des informations particulièrement intéressantes concernant les différents types de mariages.
Bleu × Bleu
Parmi les chiens étudiés issus d’un mariage bleu × bleu, 3 chiens sur 60 étaient rapportés atteints d’ARD, soit 5 %.
Bleu × non dilué
Dans le groupe issu de mariages bleu × non dilué, la proportion rapportée était de 5,9 %.
La Société Centrale Canine précise que la différence entre ces groupes n’était pas statistiquement significative.
Cela ne signifie absolument pas qu’un mariage bleu × bleu est sans risque.
Cela signifie simplement que, dans cette enquête, aucune augmentation statistiquement significative de l’ARD n’a été mise en évidence chez les chiens issus de deux parents bleus par rapport aux chiens issus d’un parent bleu et d’un parent non dilué.
C’est une nuance importante.
Les connaissances actuelles ne permettent donc pas de réduire la problématique de l’ARD à une règle aussi simple que :
« deux chiens bleus = chiens malades »
ou, inversement :
« un parent non bleu = aucun risque ».
La réalité est plus complexe.
Connaît-on aujourd’hui le gène responsable de l’ARD ?
La dilution de la robe est notamment associée au gène MLPH, mais les mécanismes expliquant pourquoi certains chiens dilués développent une alopécie et d’autres non restent encore imparfaitement compris.
Il est donc important de distinguer :
le test génétique de dilution, qui renseigne sur la couleur que le chien peut exprimer ou transmettre ;
et
un éventuel test prédictif de l’ARD, qui permettrait de savoir si un chien développera ou transmettra la maladie.
À ce jour, nous ne disposons pas d’un test ADN permettant de garantir qu’un Staffordshire Bull Terrier bleu développera ou non une ARD au cours de sa vie.
Tester la dilution ne revient donc pas à tester l’alopécie.
Quels sont les symptômes ?
Les premiers signes apparaissent généralement chez le jeune chien ou le jeune adulte, même si l’âge d’apparition peut varier.
On peut notamment observer :
• un poil qui devient plus terne ou plus sec ;
• des poils cassants ;
• une diminution progressive de la densité du pelage ;
• des zones clairsemées ;
• une perte de poils plus ou moins étendue ;
• une peau sèche ou squameuse ;
• parfois des comédons ;
• et, chez certains chiens, des infections cutanées secondaires.
Le tronc est fréquemment concerné alors que la tête et les extrémités peuvent être relativement épargnées.
Toute perte de poils chez un Staffordshire Bull Terrier bleu n’est cependant pas automatiquement une ARD.
De nombreuses autres causes dermatologiques peuvent provoquer une alopécie.
Un diagnostic vétérinaire est donc indispensable.
Est-ce une maladie grave ?
L’alopécie des robes diluées ne met généralement pas en jeu le pronostic vital du chien et n’affecte pas directement son état général.
Il ne faut cependant pas la réduire systématiquement à un simple problème esthétique.
La perte de poils peut être importante et certains chiens développent une sécheresse cutanée, des troubles de la kératinisation ou des infections bactériennes secondaires nécessitant une prise en charge vétérinaire.
Il faut donc trouver le juste équilibre :
ne pas dramatiser cette affection, mais ne pas la banaliser non plus.
Un chien atteint d’ARD peut conserver une vie parfaitement normale et heureuse, avec une prise en charge dermatologique adaptée lorsque cela est nécessaire.
Existe-t-il un traitement ?
À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement permettant de corriger définitivement la cause de l’alopécie des robes diluées.
La prise en charge est principalement symptomatique et doit être adaptée à chaque chien par un vétérinaire.
Selon les manifestations observées, elle peut notamment chercher à :
• maintenir une bonne hydratation de la peau ;
• limiter les irritations ;
• prendre en charge les troubles de la kératinisation ;
• traiter d’éventuelles infections secondaires ;
• préserver autant que possible la qualité de la peau et du pelage.
Certaines molécules, dont la mélatonine, ont été utilisées dans certaines formes d’alopécie, mais leur efficacité dans l’ARD n’est pas suffisamment constante pour présenter cela comme un traitement permettant systématiquement la repousse du poil.
Il est également déconseillé d’administrer des médicaments ou compléments dans cet objectif sans avis vétérinaire.
Peut-on dépister l’ARD avant d’acheter un chiot ?
À l’heure actuelle, il n’existe pas de test permettant de garantir qu’un chiot bleu ne développera jamais une alopécie des robes diluées.
C’est pourquoi nous considérons que la transparence de l’éleveur est essentielle.
Un éleveur peut néanmoins chercher à réduire les risques en étudiant les informations dont il dispose :
• l’état dermatologique des reproducteurs adultes ;
• les éventuels antécédents d’ARD ;
• les frères et sœurs et apparentés lorsqu’ils sont connus ;
• les précédentes portées ;
• la descendance d’un reproducteur lorsqu’il a déjà reproduit.
Un chien ayant lui-même déclaré une ARD ne devrait pas être sélectionné pour la reproduction.
Et la dysplasie folliculaire des poils noirs (DFPN) ?
La dysplasie folliculaire des poils noirs est une autre dysplasie folliculaire pigmentaire.
Elle présente certaines similitudes avec l’alopécie des robes diluées, mais il est préférable de ne pas présenter ARD et DFPN comme exactement la même maladie qui changerait simplement de nom selon la couleur du chien.
La DFPN touche principalement les zones de poils noirs chez certains chiens présentant plusieurs couleurs et apparaît généralement précocement.
Son existence ne signifie pas non plus qu’un Staffordshire Bull Terrier noir présente nécessairement le même risque dermatologique qu’un Staffordshire Bull Terrier bleu.
Quelle est notre position à l’Élevage de la Confiance Canine AJS ?
Nous élevons notamment des Staffordshire Bull Terriers bleus et nous assumons pleinement ce choix.
Mais aimer cette couleur ne signifie pas ignorer les problématiques qui peuvent lui être associées.
Nous considérons au contraire qu’un éleveur travaillant avec des robes diluées doit connaître l’ARD, suivre ses reproducteurs et leurs descendants et informer les familles avec transparence.
La couleur ne constitue toutefois qu’un élément parmi beaucoup d’autres dans notre sélection.
Nous accordons également une importance majeure :
• aux dépistages de santé recommandés dans la race ;
• à la santé générale et dermatologique des reproducteurs ;
• au tempérament ;
• à la morphologie ;
• aux pedigrees et aux lignées ;
• à la complémentarité des reproducteurs ;
• et au suivi de nos chiots après leur départ.
Nous ne prétendrons jamais pouvoir garantir un risque zéro : une telle garantie n’existe pas en élevage.
Notre objectif est différent : connaître les risques, ne pas les dissimuler, sélectionner avec les informations disponibles et continuer à suivre nos lignées au fil des générations.
Adopter un Staffordshire Bull Terrier bleu en connaissance de cause
Choisir un Staffie bleu ne signifie pas choisir un chien malade.
Cela signifie simplement choisir une robe pour laquelle une prédisposition particulière à une affection dermatologique est connue et doit être prise en considération.
La grande majorité des interrogations autour du bleu viennent souvent d’affirmations extrêmement catégoriques : certains prétendent que tous les bleus seront malades, tandis que d’autres affirment que l’alopécie n’est absolument pas un problème.
Nous ne partageons aucune de ces deux positions.
L’ARD existe.
Tous les chiens bleus ne sont pas atteints.
Il n’existe actuellement aucun moyen de garantir individuellement qu’un chiot bleu la développera ou non.
Et les données disponibles chez le Staffordshire Bull Terrier montrent que la problématique est plus complexe que la seule couleur des deux parents.
C’est précisément pour cette raison que nous avons choisi une démarche fondée sur la sélection, le suivi et la transparence.
Parce qu’aimer le Staffordshire Bull Terrier bleu, c’est aussi connaître ses particularités et les assumer.
